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Compétitions de jeux vidéo : Comment devenir un joueur esport?

Le 08 mai 2020
Compétitions de jeux vidéo : Comment devenir un joueur esport?

La médiatisation considérable de l’Esport ces dernières années, largement saluée par sa communauté, a développé de nombreuses vocations pour travailler dans l’Esport et le jeu vidéo. En effet, ce secteur dispose aujourd’hui d’une variété considérable de professions rattachées dépassant la simple sphère vidéoludique.

A titre d’exemple, on peut noter des évènements toujours plus spectaculaires et des tournois récurrents maintenant ancrés dans le panorama – The International Dota Major Championships, LoL World Championship, ESL pro Leagues, Intel Extreme Masters, etc. Se sont également développés depuis 2017, de nombreuses structures ayant demandé et obtenu l’agrément esportif administratif leur permettant d’employer des joueurs sous le contrat de travail spécifique de l’esportif – Gamers Origin, LDLC Event, Olympique Lyonnais, LOSC, Team Vitality, Esport Aero Assocation, Stade Rennais Football Club, Team MCES, TIDES, GameWard.

Cet écosystème en plein développement a séduit un grand nombre de jeunes joueurs s’intéressant à intégrer l’esport par leur pratique compétitive du jeu vidéo. Outre les conditions légales et l’encadrement juridique posés par la récente législation, le recrutement dans une team Esport suppose outre des compétences certaines une vision plus large et professionnel du métier de joueur esportif.

Qu’est-ce qu’un joueur esportif ?

La création de premières lois relatives à l’Esport au sein de la Loi pour une République Numérique en 2016 a été marqué par le refus du législateur d’une part d’en reconnaitre le statut de « sport » rebaptisant la pratique de « compétition de jeu vidéo », et d’autre part la définition très restreinte du joueur esportif présenté comme « toute personne ayant pour activité rémunérée la participation à des compétitions de jeu vidéo dans un lien de subordination juridique avec une association ou une société bénéficiant d'un agrément du ministre chargé du numérique, précisé par voie réglementaire ».

Retrouvez notre analyse approfondie sur le sujet

 

 

Cette définition juridique limite techniquement ce titre au joueur gagnant des sommes d’argent au sein de ces compétitions et soumis à un contrat de travail avec la structure l’employant – team Esport ou organisateur d’évènements. De fait, l’ensemble des joueurs indépendants et autoentrepreneurs participant à des compétitions en dehors de tout contrat de travail ne sont pas légalement assimilés à un joueur professionnel esportif.

Une analyse plus poussée de l’univers esportif encourage à proposer une définition globale distinguant le joueur professionnel de l’amateur au regard de sa pratique du jeu vidéo. Un joueur esportif correspond à toute personne participant à une rencontre, compétition, tournoi impliquant ou non l’espérance de gains. Par opposition, un joueur professionnel esportif se caractérise par l’approche technique et spécialisée de sa participation aux compétitions de jeux vidéo dans une perspective de carrière. Sa pratique du jeu vidéo dépasse ainsi la simple consommation du jeu vidéo pour en maitriser son fonctionnement et la création de valeur ajoutée qu’il peut en retirer.

La Métagame : une maitrise obligatoire du jeu

Délaissant le plaisir pur de l’expérience vidéo-ludique, l’approche professionnelle de la pratique esportive suppose une connaissance avancée de ses mécanismes : la Métagame. Plusieurs titres de jeux vidéo se distinguent en effet par un nombre considérable d’informations à comprendre et apprendre pour optimiser ses compétences et « performer ».

Les joueurs professionnels de jeux vidéo préparent leurs compétitions par une analyse de plus en plus détaillée de leurs performances et réactions, et ce dans le but de définir des stratégies et une plus grande expérience de jeu. À l’image des échecs, une grande documentation dans certains jeux vidéo porte sur les ouvertures et développements de parties – early, mid, late game – avec l’aide notamment d’outils digitaux d’analyse intégrés aux jeux ou développés par des sociétés tierces – GOSU, OP.GG, Blitz, permettant aux joueurs de suivre, se former et progresser dans leur pratique du jeu vidéo.

Des spécificités inhérentes au jeu vidéo complètent cette analyse notamment l’anticipation d’éventuelles corrections, mises à jour du jeu pouvant en altérer les règles et les mécanismes. De même, l’évolution générale du titre et de son éditeur est impérative pour envisager l’avenir de la carrière du joueur sur le jeu en question et son éventuelle reconversion dans une autre discipline voire un autre métier de l’esport. De très nombreux articles et vidéos accessibles sur les plateformes et sites spécialisées développent plus en détail les critères caractérisant les joueurs professionnels selon les types de jeux vidéo.

 

Le joueur esportif : un sportif, un acteur, un mannequin

En parallèle de ses performances au sein des compétitions d’esport, le joueur professionnel se démarque par ses autres fonctions. De fait, la rentabilité économique de son activité intègre non seulement les éventuels gains de compétitions mais également des sources de revenus alternatives, principalement liées à son image publique.

Tel un sportif, un acteur ou un mannequin, la prestation issue du jeu vidéo ne constitue qu’une partie de ses revenus globaux. Les salaires et cash-prizes sont ainsi complétés par les contrats de sponsoring, le paiement de droits d’auteur pour l’utilisation de l’image du joueur, la négociation et tarification de ses interventions et participations à des évènements publiques, la monétisation des contenus numériques dont il est l’éditeur, etc.

Il est ainsi fréquent que les joueurs professionnels esportifs soient présents sur les réseaux sociaux afin d’alimenter la communauté susceptible de regarder ses compétitions. Ceci principalement afin de pouvoir augmenter sa valeur ajoutée auprès d’investisseurs et publicitaires désireux de toucher le public – le plus large possible – de l’esportif. Le joueur peut également être à l’origine de produits et marques à son initiative dont il fait la promotion au cours de ces évènements lui donnant la possibilité d’augmenter ses revenus par la vente de produits dérivés.

 

La pratique du joueur esportif mineur

Plusieurs jeux vidéo notamment Fortnite se démarquent par une communauté particulièrement jeune pour lesquelles les compétitions peuvent limiter l’accès principalement liés à l’âge. De fait, la plupart des législations nationales dont celle française encadrent scrupuleusement toute activité professionnelle impliquant des mineurs.  

Le travail des mineurs de moins de 16 ans est ainsi par principe interdit sauf dérogations légales. Les mineurs de moins de 16 ans ne peuvent travailler au sens professionnel que sur double autorisation administrative et parentale dans des conditions précises – apprentissage, jobs d’été, etc. – ou pour des domaines limités : spectacle, cinéma, mannequinat et plus récemment l’esport via la modification de l’article L7124-1 du Code du travail.

À partir de 16 ans, libérés de l’obligation de scolarité, un mineur peut travailler, voire signer seul en cas d’émancipation, un contrat de travail. Il est à noter que des restrictions sont apportées par rapport aux adultes concernant la rémunération, le temps hebdomadaire de travail, les conditions de pénibilité et travail de nuit ou le week-end, etc. Il lui est également permis d’exercer son activité sous la forme d’une entreprise individuelle, sociétés à responsabilité limitée – SARL, SAS -  ou société civile, et ce même non émancipé.

Il est important enfin de rappeler que des règles supplémentaires peuvent s’appliquer concernant le travail de mineurs étrangers imposant notamment des autorisation de travail et titres de séjours.

Concernant l’emploi de mineurs, le non-respect des règles légales entraine des poursuites civiles mais également pénales, punies de peines d’emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 75 000 euros pour le fait d’employer un mineur en violation des dispositions légales.

 

Le pro-gamer esportif : un négociant engagé et conseillé

Dans un secteur encore jeune marqué par des pratiques parfois douteuses, les joueurs esportifs doivent avoir conscience des risques juridiques associés à leur activité. En effet de nombreuses affaires ces dernières années ont révélé des disfonctionnements majeurs dans la tenue de compétitions esportives aux dépends principalement des joueurs : non règlement de cash-prizes ou de salaires, déductions de frais de matériel et de transport non anticipé, interdiction de quitter le club ou de participer à d’autres tournois, clauses pénales, etc.

Retrouvez plus d’informations sur le contrat de joueur esportif.

Les joueurs, en majorité jeunes voire mineurs, sont très rarement formés à la vie des affaires et se focalisent généralement sur l’accès à une équipe esportive par tout moyen et à n’importe quel prix. Cela permet aux organisateurs de compétitions, équipes esportives, sponsors, streamers ou publicitaires d’obtenir en contreparties des obligations et devoirs pour le joueur aberrantes dans tout autre secteur d’activité voire parfois illégales. La pauvreté de l’encadrement juridique des relations conduit inévitablement à la fragilité de la relation du joueur qui en cas de difficulté sera la première victime.

Dans ces conditions, le joueur professionnel doit se former et acquérir les connaissances et compétences nécessaires pour la poursuite de son activité. Largement préconisé par les rapports parlementaires sur l’esport, le rôle des parents et des professionnels du droit est indispensable pour rassurer et contrôler la bonne exploitation du joueur professionnel et le respect de ses droits vis-à-vis de ses cocontractants.

 

L’ensemble de ces éléments aboutissent in fine à déterminer la véritable éligibilité d’un joueur de jeu vidéo au statut de joueur professionnel esportif.