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Fortnite Apple Google Epic Games jeux vidéos GAFA Mobile Facebook

Le 31 août 2020

Dans les années 2000, l’ensemble des éditeurs de logiciels et équipementiers informatiques ont lancé une transition de leurs systèmes vers les supports mobiles – ordinateurs portables puis smartphones et tablettes – ouvrant de nouveaux horizons. L’industrie du jeu vidéo poursuit aujourd’hui le même développement, le support mobile constituant un marché en pleine expansion. De fait, le chiffre d’affaire associés aux jeux vidéo sortis sur smartphone et tablette ont représenté en 2019 plus de 50 milliards d’euros, soit un tiers du chiffre d’affaire de toute l’industrie du jeu vidéo sur la même année.

Avec l’essor des plateformes de cloudgaming, les besoins des joueurs en termes de matériel se trouvent considérablement simplifiés, la plupart des tablettes ou smartphones ayant aujourd’hui le niveau de performance nécessaire pour jouer sans désagrément. Les avantages du support mobile – accessibilité, ergonomie, rentabilité, etc. – offrent au jeu vidéo une pénétration sans précédent sur l’ensemble du globe y compris certaines régions technologiquement reculées.

Ce marché est cependant canalisé à travers les deux seuls systèmes d’exploitation mobiles majeurs : Google Play Store et l’Apple Store, ces derniers imposant une commission de 30 % sur l’ensemble des revenus dégagés par les transactions, par exemple l’achat d’objets, de bonus ou de monnaie virtuelle dans un jeu vidéo.

Titre phare des jeux vidéo et de l’ESport depuis deux ans, Fortnite a rapidement acquis depuis son lancement en 2018 une immense popularité générant plus d’1,8 milliards de chiffre d’affaire en 2019 et regroupant plus de 250 millions d’utilisateurs, pour un jeu, rappelons-le, accessible gratuitement. Son éditeur, la société Epic Games, tente depuis l’intégration de son titre sur support mobile de conserver l'intégralité des revenus des achats intégrés effectués par sa communauté de joueurs, aboutissant cet été à un bras de fer économique et politique entre deux des GAFA et l’un des plus gros studios de jeux vidéo et Esport actuel.

#freefortnite : L’autonomie exigée des commissions de Google et Apple
Android sans le Google Play Store. Depuis 2018, l’éditeur du jeu Fortnite refusait de proposer son titre au sein du Play Store de Google, ce dernier étant téléchargeable en sideloading – téléchargement et installation d’applications depuis le navigateur web ou des boutiques numériques alternatives. Cette exclusion permettait à Epic Game de ne pas céder les 30% de commissions prélevées par Google sur les achats intégrés.

Epic Game dénonçait fréquemment les pratiques désavantageuses de Google vis-à-vis d’applications distribuées en dehors de la boutique officielle, ces derniers étant présentés comme des logiciels malveillants, potentiellement bloqués par l’application Google Play Protect.  Informant massivement et constamment ses utilisateurs de messages de sécurité liés à des contenus hors Play Store ainsi que les « accords avec les opérateurs et les restrictions des constructeurs », Epic Game a constaté impuissant le pouvoir de nuisance et la dissuasion opérée. En avril 2020, Epic Games a finalement cédé et intégré le Play Store officiellement, concédant les 30% de commissions à Google, adaptant son système de monétisation de contenus en conséquence.

Retrouvez notre article sur la monétisation des jeux vidéo.

Une récente mise à jour contournant les transactions in-game. À l’origine se trouve une récente mise à jour du jeu Fortnite sortie début aout 2020. Sa version v14.00 permet désormais aux utilisateurs du jeu de payer et effectuer des transactions et payer des V-bucks, la monnaie du jeu, en utilisant alternativement les mécanismes d’achats in-app intégré aux deux systèmes ou en payant directement l’éditeur avec une différence de prix de l’ordre de 20%.

En proposant de contourner la plateforme de paiement et par extension les commissions des stores, Fortnite viole les conditions d’utilisation de l’App Store et du Google Store, sanctionnés traditionnellement par un blocage de l’application voire sa suppression de la boutique en cas de refus de conformité.

En réaction à cette mise à jour, Apple a immédiatement supprimé l’application de sa boutique en ligne, laissant cependant le jeu vidéo dans sa version historique encore utilisable. Peu de temps après, c’est au tour de Google de retirer Fortnite du Play store imposant également que les paiements impliquant des contenus supplémentaires au sein des applications et jeux distribués se fassent exclusivement à travers le Play Store et soient soumises à la taxe Google.

Unreal Engine, la victime collatérale. Les violations des conditions d’utilisation de la part d’Epic Games a poussé la société Apple à déplacer son combat sur un autre produit crucial de la société : le Unreal Engine. Principal moteur 3D au monde avec Unity, ce logiciel est utilisé par de très nombreux développeurs touchant aussi bien des applications de jeu vidéo, de réalité virtuelle, d’imagerie médicale ou encore d’audiovisuel.

Dans le bras de fer engagé, Apple a ainsi menacé Epic de l’exclure de son Developer Program, permettant l’accès aux outils de développement Apple pou la distribution de ses applications sur l’Apple Store. Corollaire de cette interdiction, l’ensemble des éditeurs de jeux vidéo et développeurs d’applications utilisant le moteur graphique d’Unreal verraient leurs jeux bloqués sur l’Apple Store, y compris ceux présent au sein du service d’abonnement Apple Arcade d’Apple.

 

Epic Games, Apple, Google et les autres : Un Battle Royale judiciaire
Face à la suppression de son application sur les plateformes mobiles et des menaces pesantes sur l’accès au Developer Program, la société Epic Games a débuté les hostilités juridiques avec plusieurs plaintes déposées contre Apple et Google devant les juridictions californiennes pour abus de position dominante.

En utilisant Android et l’Apple Store comme vecteurs pour consolider leur position dominante, les deux GAFA privent les consommateurs des avantages d’une concurrence effective sur le marché important des appareils mobiles. Plus spécifiquement, il est reproché à Apple l’impossibilité de proposer des applications sur iOS sans passer par l’App store.

Dans le cas de Google, Epic a également rappelé ses précédentes critiques liées aux messages de préventions affichés systématiquement par Google pour les applications hors Play Store et dénoncé la position dominante du Play Store sur le marché des boutiques d’applications Android pour laquelle Google a déjà été sanctionné judiciairement.

Epic Games évoque par ailleurs dans sa plainte le partenariat signé avec LG et OnePlus portant sur la pré-installation d’une application « Epic Games » permettant à l’utilisateur d’installer des jeux, appliquer des mises à jour et acheter des contenus. D’après l’éditeur de Fortnite, Google serait intervenu auprès des marques pour dissuader cette installation.

Google déjà sanctionné en Europe. En juillet 2018, la Commission européenne a en effet infligé à Google une amende de 4.34 milliards d'euros pour abus de position dominante sur son système d’exploitation mobile Android et violation des règles de concurrence de l’Union Européenne.

Depuis 2011, Google impose de fait des restrictions jugées illégales aux fabricants d'appareils Android et aux opérateurs de réseaux mobiles, afin de consolider sa position dominante sur le marché de la recherche générale sur l'internet. Ces derniers étaient ainsi tenus pour obtenir une licence d’exploitation au sein du Google Play Store l’installation d’applications Google – onze applications sous forme de pack insegmentable et la mise en avant de certains de ses produits.

La Commission a conclu dans sa décision que Google occupe une position dominante notamment « sur les marchés des systèmes d'exploitation mobiles intelligents sous licence et des boutiques d'applications en ligne pour le système d'exploitation mobile Android ».

Fortnite exclu, Unreal Engine maintenu. Le 24 aout, la juge californienne Yvonne Gonzalez Rogers a en partie donné raison à la société Epic Game. Rappelant que la société Epic a délibérément violé les conditions contractuelles de l’Apple Store, ce dernier n’est pas tenu de réintégrer le jeu Fortnite au sein de son catalogue d’applications. Elle impose cependant à Apple de permettre l’accès d’Epic aux outils de développement d’Apple pour protéger l’accès et l’utilisation de l’Unreal Engine, utilisé massivement par de nombreux développeurs et éditeurs de jeux vidéo, partenaires d’Apple.

Ambitions de Fortnite. À travers ces actions, les objectifs d’Epic Games peuvent être multiples. L’opération permet avant tout une campagne communication massive ayant donné lieu notamment à une version parodique de la publicité historique d’Apple pour le lancement du Macintosh ou l’organisation de tournois #FreeFortnite avec parmi les lots à gagner des skins parodiant Apple.

Epic peut également rechercher l’ouverture d’un portail d’application propre au sein des systèmes d’exploitation mobiles mais surtout un accord contractuel spécifique sur la rémunération des jeux vidéo. Depuis avril 2020, des applications vidéo « Premium » tel Prime Video, Altice One ou encore Canal+ ont ainsi pu négocier la fin de commissions sur les achats en ligne de contenus.

 

Derrière les taxes, une lutte antitrust contre Apple et Google
Le fond du litige opposant Epic Games aux deux GAFA dépasse le simple cadre de l’exploitation du jeu Fortnite, l’éditeur de jeu vidéo dénonçant férocement les monopoles nocifs que les deux sociétés représentent à ses yeux.

Depuis son annonce et le lancement de sa campagne antitrust, plusieurs sociétés ont manifesté leur soutien à la société Epic Games notamment le groupe Match éditeur des applications Tinder et ProtonMail ou encore Spotify. Ce dernier avait déjà dénoncé les pratiques anticoncurrentielles d’Apple en matière de services musicaux, Spotify étant tenu aux frais de transaction de 30% contrairement à l’offre directe d’Apple. Une plainte auprès de l’Union européenne a ainsi été déposée en 2019, lançant une enquête officielle sur ces pratiques.

Lutte fraternelle entre GAFAM. Deux sociétés des GAFAM se sont joint à la cause d’Epic contre Google et Apple : Facebook et Microsoft. Facebook a ainsi proposé dans la dernière mis à jour de son application un article explicatif du système de commission de la société Apple, avec une fonctionnalité permettant des achats en ligne avec la mention « Apple prend une commission de 30 % sur cet achat. »

Le 13 aout dernier, Microsoft a également publié une déclaration de soutien au studio de jeu vidéo. Ce dernier allié providentiel s’explique par la guerre entre Microsoft et Apple, ce dernier ayant récemment annoncé interdire le prochain service de jeu vidéo en ligne de Microsoft, Xbox Game Pass, sur l’App Store et ses appareils mobiles. Apple reproche à la plateforme de gérer seule l’ajout ou le retrait des jeux de son catalogue et indirectement contrôler les applications accessibles par les utilisateurs Apple. Les autres services de streaming de jeux vidéo tel Nvidia Geforce Now, et PlayStation Now n’auront sans doute pas plus de chances de proposer leurs services sur les supports mobiles d’Apple.

 

La boite de Pandore. La victoire globale de la société Epic dans sa lutte contre les contrôles d’Apple et Google pourraient avoir des conséquences non-anticipées, notamment l’ouverture généralisée des plateformes de télécharges à des applications tierces non contrôlées. En supprimant leur contrôle, de nouvelles catégories d’applications pourraient ainsi émerger sur les téléphones : contenus choquants ou illégaux, applications espionnes ou contrefaisantes, etc.  Dans le cas d’Apple, cela mettrait également fin à l’une de ses caractéristiques premières depuis sa création : l’offre d’un système fermé intégralement contrôlé par Apple.