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Tiktok : l'application qui en savait trop ou L'espion que l'on aimait ?

Le 20 juillet 2020

Fin juin, l’Inde annonce l’interdiction d’une soixantaine d’applications d’origine chinoise, rendues indisponibles à partir des plateformes Android & Apple. Parmi elles se trouvent WeChat, UC Browser, Weibo, Clash of Kings et surtout le récent réseau social TikTok, fort de plus de deux milliards de téléchargements depuis son lancement en 2017. Toile de fond d’un conflit diplomatique entre l’Inde et la Chine, ces dernières semaines ont été marquées par des affrontements militaires le long de la frontière himalayenne. Cette décision emporte par ailleurs des conséquences économiques très forte pour l’éditeur de l’application, la société chinoise ByteDance évaluant cette année à plus d’un milliard de chiffre d’affaire l’utilisation de TikTok sur le marché indien, en pleine explosion numérique.

Le réseau social TikTok souffre depuis plusieurs mois de nombreuses affaires mettant en cause l’intégrité de son application notamment vis-à-vis des collectes et traitement de données personnelles opérées.

 

TikTok : Un réseau social modéré par des choix irresponsables

Très vite depuis sa création, TikTok a été au centre de nombreuses polémiques impliquant ses politiques éditoriales ainsi que ses règles de contrôle voire de censure.

Favoritisme étatique. A Hong Kong, l’application bénéficie d’une mauvaise réputation, lui étant reproché la censure des manifestations pro-démocratiques et de la répression en cours dans le Xinjiang contre la population ouïgoure. Justifié à l’époque par des « erreurs », la suppression de l’application au marché hongkongais au motif de la récente loi de sécurité nationale soulève de nouveaux la force du réseau social et les dangers potentiels que représenterait une récolte massive des données qui lui sont reproché.

Censure de minorités. Aux Etats-Unis, plusieurs plaintes ont été déposées suite à la découverte de directives limitant la visibilité des publications de personnes handicapées, utilisateurs en surpoids, membres de la communauté LGBTQ, ainsi que « les moches et les pauvres ». TikTok s’est défendu sur ce point arguant de mesures anti-harcèlement justifiant que « Si l’apparence de la personne ou l’environnement de tournage n’est pas bon, la vidéo sera beaucoup moins attrayante, et elle ne vaut pas la peine d’être recommandée aux nouveaux utilisateurs. »

Collecte de données de mineurs. En février 2019, la Federal Trade Commission a condamné la société Bytedance à une amende de plus de cinq millions de dollars aux États-Unis pour avoir collecté les données personnelles de mineurs sans le consentement de leurs parents. Par ailleurs, la FTC a imposé à TikTok une mise à jour de son service intégrant l’interdiction pour les mineurs de moins de 13 ans de pouvoir publier des contenus et garantir toutes les protection supplémentaires adaptés aux contenus pour des mineurs.

Cette condamnation révèle l’attention particulière des états de la protection des mineurs quant à leur consommation de contenus audiovisuels en ligne. Retrouvez notre article consacré à ces problématiques.

D’autres points sont encore à l’étude, concernant notamment son hébergement de contenus liés aux mouvements d'extrême droite américains et l’accès à des profils de pédophiles utilisant la plateforme pour communiquer.

Tiktok : Les risques juridiques face aux différentes lois applicables : RGPD, LCEN, Directive droit d’auteurs, etc.  

En complément des différents éléments préalablement évoqués, constitutifs pour une majorité d’entre eux d’infractions pénales dans de nombreux états, Tiktok en tant qu’éditeur d’un réseau social à fort contenu audiovisuel est également soumis à la législation applicable en la matière.  

Un hébergeur de contenus. En tant qu’hébergeur de contenu, Tiktok bénéficie d’une relative protection vis-à-vis des contenus publiés sur sa plateforme. En effet, la plupart des législations renvoie aux utilisateurs des réseaux sociaux et plateformes l’entière responsabilité éditoriale de leurs contenus. Les hébergeurs ne pourront voir leur responsabilité engagée qu’en cas de politique éditoriale forte ou absence de réactivité en cas de notification de contenus illégaux. Il possède par ailleurs une responsabilité autonome, ce dernier devant activement participer à la modération et le contrôle des contenus publiés sur sa plateforme notamment pour protéger l’ordre public et le droit d’auteur, lutter contre la criminalité organisée, le terrorisme ou encore les contenus pédopornographiques.

Données personnelles et RGPD. En pleine tourmente vis-à-vis de la collecte, de l’utilisation et le transfert d’informations réalisées par la plateforme, TikTok est passible de nombreuses sanctions prévues par le récent Règlement pour la Protection des Données encadrant l’ensemble des traitements de données personnelles. Sous le contrôle des autorités de contrôles européennes, en France la CNIL, Tiktok est passible de sanctions pouvant représenter jusqu’à 4% du chiffre d’affaire mondial. Les récentes sanctions prononcées contre des sociétés tel Google, Facebook, Uber ou encore Netflix ne permettent pas de penser que TikTok pourrait se prévaloir d’une quelconque forme d’immunité.

Notre article sur les plateformes de streaming poursuivies par le RGPD.

L’exemple de Google : une sanction exemplaire en matière de données personnelles.

 Tiktok : Accusation de vol de données et transmission d’informations à la Chine

A l’instar de l’Inde, les soupçons d’espionnage de l’application encouragent progressivement des états et entreprises privées à supprimer l’application. Aux Etats-Unis, après la mise en garde du sénateur Josh Hawley en novembre 2019 et son interdiction par les services de l'armée américaine, le secrétaire d’état Mike Pompeo a déclaré envisager l’interdiction de l’ensemble des applications de médias sociaux d’origine chinoise, spécialement Tiktok présenté comme récoltant des « données personnelles au profit du Parti Communiste Chinois ». Le Président Donald Trump a complété cette déclaration, présentant le ban de TikTok comme une des représailles potentielles suite à l’épidémie de Coronavirus.

Initiatives privées. En parallèle des États, plusieurs sociétés privées ont également manifesté leur méfiance vis-à-vis de l’application et de son éventuelle récolte des données présentes sur les téléphones et tablettes installées notamment la banque Wells Fargo ou encore Amazon. Ce dernier a prié « par erreur » ses salariés de désinstaller l’application avant le 10 juillet sous peine de ne plus pouvoir accéder à leur messagerie sur les appareils concernés.

 

Tiktok : la guerre d’audience par tous moyens

TikTok s’est présenté comme un nouvel eldorado pour de nombreux influenceurs, désireux de développer des audiences rapidement par rapport aux autres réseaux sociaux, où la concurrence est déjà très forte.

Trucage des statistiques de visionnement. Le développement considérable de TikTok et les chiffres avancés par la société Bytedance ont fait apparaitre de sérieuses réserves quant aux méthodes de comptabilité de la plateforme : vues comptabilisés à partir de trois secondes de vidéos regardées, lecture automatiques de contenus associés, etc.

Ces trucages de statistiques gonflant artificiellement les chiffres de visionnage lèsent régulièrement les annonceurs, fragilisation la stabilité économique des réseaux sociaux, aggravés par l’absence d’organe indépendant permettant de contrôler les déclarations des différents réseaux sociaux. En 2019, Facebook a ainsi été poursuivi par plusieurs agences de publicité ayant abouti à la condamnation du réseau social pour avoir surestimé de 150 à 900 % le temps de visionnage de ses vidéos. La firme écope d’une amende de 36,5 millions de dollars.  

Arrêts des contrats publicitaires. Les récentes allégations relatives à l’espionnage indirect de l’application TikTok a poussé de nombreux annonceurs et sponsors à geler leurs contrats publicitaires, évitant d’être associé à l’image négative de la plateforme.

Tiktokers dans l’incertitude. Dans ce contexte, la décision récente de plusieurs pays de supprimer l’accès de TikTok à leurs ressortissants a provoqué un bouleversement pour sa communauté, spécialement les éditeurs de contenus professionnels. Influenceurs, streamers et autres créateurs de contenus audiovisuels sont aujourd’hui confrontés au risque considérable de perdre leurs abonnés et par extension la rentabilité de leur activité. De fait, le déplacement d’audience d’un réseau social à un autre est une opération particulièrement complexe et incertaine.

Notre article spécialisé sur les liens entre YouTubers & Publicité

Concurrence croissante. En parallèle, la déstabilisation de TikTok permet à de nombreux concurrents de rattraper leur retard et récupérer de nombreux utilisateurs, certains ayant décuplé le nombre de nouveaux abonnés quotidiens depuis quelques jours. Triller, Byte, Dubsmash, YouTube ou encore Instagram lancent ainsi leurs formats court de création de vidéos à partir de leurs propres plateformes.

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